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Les émotions au travail sont encore globalement considérées comme des ennemies à combattre. Mais petit à petit l’intelligence émotionnelle rentre dans nos entreprises, elle a un rôle à y jouer

L’intelligence émotionnelle:

L’entreprise est souvent le lieu où le collaborateur, le manager ou le dirigeant se doivent d’être sérieux, en totale maîtrise de ce qu’ils ressentent. Ressentir de l’émotion et la montrer est considéré comme un signe de faiblesse. Il faut apprendre à réprimer ses émotions, tenir l’image de l’homme ou de la femme forte qui résiste à tout, et surtout au stress, à la pression. Certains chefs peuvent avoir une règle de management comme « ne vous laissez pas émouvoir ! ».

Dans le milieu médical, on pourrait penser que c’est un lieu ou nous pouvons laisser exprimer nos émotions. Et bien détrompez-vous, le nombre de fois ou j’ai entendu dire qu’il ne fallait rien montrer, ou “tu verras plus tu vas travailler en tant qu’infirmière et plus tu vas te durcir et tu ne laissera rien transparaître”. Chez moi, cet adage s’est avéré faux, plus j’avançais en tant qu’infirmière et plus je devenais ne vraie éponge et il m’était impossible de refouler mes émotions, cela devenait trop dur pour moi

Mais alors qu’est-ce que l’intelligence émotionnelle?

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L’intelligence émotionnelle

Le mot intelligence vient du latin intellĕgō (« discerner, démêler, comprendre, remarquer ») dont le préfixe intĕr (« entre, parmi ») donnent le sens étymologique de l’intelligence« choisir entre» ou « relier des éléments entre eux ». Aucun consensus n’a jamais été dégagé sur une définition de l’intelligence.

Toutefois, on fait souvent la distinction entre l’intellect (cf. étymologie ci-dessus) c’est-à-dire entre le « cognitif » et l’émotionnel. Depuis la nuit des temps, la « raison » est privilégiée par rapport aux émotions et l’intelligence a souvent été limitée à des capacités purement cognitives permettant à l’être humain de s’adapter à son environnement : par le raisonnement logique, par l’apprentissage, par la décision  « adaptée »…

Le Quotient Intellectuel (QI) est un instrument de mesure de « l’intelligence humaine » conçu au début du XXème siècle. 2 versions métriques sont connues :

  • L’âge mental, instrument censé aider à repérer les enfants ayant un niveau d’intelligence insuffisant pour suivre une éducation standard. Ce test ne fonctionne pas sur les adultes.
  • Le QI en tant que tel qui, en fonction de tests d’intelligence, situe la population sur une courbe de Gauss : la moyenne étant à 100 et la « normalité » située entre 15 d’écart type (de 85 à 115).

Qu’est-ce qui constitue le test de QI ? Difficile à dire si on n’est pas un psychologue habilité pour faire passer ledit test. Toutefois, des questionnaires existent sur internet pour mesurer le QI. Ils prennent en général la forme de séries de figures pour lesquelles il faut trouver la bonne figure qui continue ou termine une suite logique. Le QI mesure donc la capacité à raisonner dans l’abstraction.

De nombreux tests sont supposés mesurer l’intelligence par d’autres moyens : culture générale, capacités mathématiques, connaissances linguistiques, etc. Certaines grandes écoles telles que l’ESSEC font passer ce type de tests lors des concours d’admission.

Jusqu’à aujourd’hui, aucun des tests proposés aux enfants ou dans l’Education Nationale n’intègre l’intelligence émotionnelle.

Plusieurs définitions de l’intelligence émotionnelle:

Commençons par ce que n’est pas l’intelligence émotionnelle. L’intelligence émotionnelle ne décrit  pas la qualité des aspects neuronaux d’une personne dans le fonctionnement de son système émotionnel. Et ce bien que nous n’ayons pas tous le même terrain génétique en la matière. Ainsi, il est prouvé que les enfants anxieux le sont souvent par une sur-activation de l’amygdale, acquise dès la naissance.

Peter Salovey et John Mayer définissent l’intelligence émotionnelle grâce à 4 compétences de base: la compréhension, l’identification, l’expression et la régulation des émotions chez soi et chez autrui.

Mais pour Daniel Goleman, l’intelligence émotionnelle va plus loin. C’est un ensemble de qualités humaines qui va au-delà de la façon dont une personne reconnaît et mobilise ses émotions. Il la décrit par 5 domaines de compétences : la conscience de soi, la maîtrise de soi, l’auto-motivation, l’empathie et la gestion des relations.

Dans la continuité, Bar-On définit 15 compétences émotionnelles qui sont directement ou indirectement corrélées aux strictes compétences de compréhension / régulation des émotions. L’instrument de mesure EQ-i. La définition de l’intelligence émotionnelle donnée dans cet outil est la suivante :

« L’intelligence émotionnelle est un ensemble d’aptitudes émotionnelles et sociales qui établissent la façon dont nous :

  •  Percevons et nous exprimons
  • Développons et maintenons des relations sociales
  • Agissons dans la difficulté
  • Utilisons les informations émotionnelles de façon efficace.»

Plus récemment, deux chercheurs français ont mis au point l’instrument de mesure «  QE-Pro », qui définit, sur la base des travaux de Peter Salovey et Mayer, 7 compétences émotionnelles.

Les différents types d’instruments de mesure

1. Il y a les « best-sellers » évoqués précédemment, de véritables tests ou questionnaires permettant d’évaluer un Quotient Emotionnel et qui font l’objet d’une marque déposée. Il existe probablement un grand nombre de tests à venir sur ce marché florissant de l’intelligence émotionnelle. On distingue deux façons de mesurer le Quotient Emotionnel :

  • L’auto-évaluation : le répondant se positionne par rapport à une affirmation d’un « presque jamais » à un « très souvent ». L’intérêt de ce type d’évaluation est qu’il peut donner lieu à des 360° en entreprise.
  • L’évaluation en tant que telle : les questions sont des sortes de mises en situations pour
  • lesquelles il y a une bonne ou une mauvaise réponse. C’est le cas du QE-Pro qui met en valeur le caractère non falsifiable des réponses.
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Enjeux de l’intelligence émotionnelle

Des études montrent que le QI n’est pas un caractère déterminant de la réussite professionnelle ou sociale. On pourra souligner ici l’exemple de l’autisme de type Asperger. Le Dr Hans Asperger décrit, à la fin de la seconde guerre mondiale, des troubles du comportement chez plusieurs enfants qui avaient un développement normal de leur intelligence et du langage tout en présentant une déficience marquée dans les interactions sociales et la communication.

En bref, ils ont un QI élevé (certains sont capables de mémoriser une suite de plus de 2000 chiffres après le nombre Pi, parler plus de 5 langues, exceller en mathématiques…), en même temps que leur réussite professionnelle et sociale est compromise par leur faible QE : ils sont coupés des autres, ne reconnaissent pas les émotions ou les conventions sociales… A travers ces recherches scientifiques, l’intelligence émotionnelle est montrée comme plus discriminante que celle mesurée par le QI dans la réussite professionnelle et la réussite de la vie d’une manière générale.

La psychologie expérimentale nous en fait la démonstration à travers l’étude du contrôle des pulsions, connue sous le nom de l’expérience de la guimauve. Walter Mischel est un pionnier dans la recherche sur la maîtrise de soi. Il débute l’expérience de la guimauve entre 1968 et 1974.

Cette expérience consiste à faire passer un test à un échantillon important d’enfants d’environ 5 ans. L’enfant est assis dans une salle devant une assiette dans laquelle on trouve une guimauve. La consigne donnée par un adulte est la suivante. Si au retour de l’adulte, l’enfant n’a pas mangé sa guimauve, il s’en verra offrir une de plus. S’il a mangé la guimauve, il n’en aura pas d’autre.

Quelques années après avoir débuté ces expériences, Mischel remarque le phénomène suivant : les enfants qui ont patienté jusqu’au retour de l’adulte réussissent mieux dans la vie. Dans l’enfance, leurs résultats scolaires sont supérieurs. À l’adolescence, ils obtiennent un meilleur niveau de scolarité que les autres. Vers la trentaine, leur indice de masse corporelle est plus bas et leurs revenus plus élevés. Tous les indicateurs observés démontrent que le contrôle des pulsions de l’enfant est corrélé à ses accomplissements dans sa vie future.


En conclusion, l’intelligence émotionnelle est plus discriminante que l’intelligence rationnelle pour prédire la réussite professionnelle et personnelle d’un individu.

Mais les enjeux de l’intelligence émotionnelle vont plus loin. En effet, on peut travailler à développer ses compétences émotionnelles donc augmenter son QE. Ce travail sur soi est considéré comme plus aisé que travailler au développement de sa personnalité : en une année, on peut faire évoluer sensiblement une compétence émotionnelle. Il s’agit dès lors de reconnaître et de travailler l’intelligence émotionnelle au niveau de l’éducation familiale, de l’Education Nationale et bien entendu de l’entreprise


Corine Cliquet

Corine Cliquet

Coach certifiée en évolution de carrière, pour particuliers & entreprise, coaching auprès des entrepreneurs & des commerçants. Coaching en analyse des pratiques professionnelle en milieu médico-social dans le champs de relation d'aide (ancienne infirmière avec un D.U d'ETP) & j'accompagne dans les VAE médico social. Je propose des diagnostics des risques psychosociaux en entreprises. Formatrice sur la gestion du stress